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| Souffle continental | |
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+3Lilith Cordelia Melicerte Aillas 7 participants | Auteur | Message |
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Aillas Coordonnateur Rôliste
Nombre de messages : 3785 Age : 35 Localisation : Utopie flagrante des Arts. Date d'inscription : 23/12/2007
Personnages RP Pseudo: Pseudo : Pseudo :
| Sujet: Souffle continental Mer 23 Fév - 4:08 | |
| J'aimais assez. J'aimais assez jusqu'à ce que la foudre me poignarde dans le dos, fasse de mon épiderme ce caoutchouc si sensible, trop sensible. Il y a dans les océans de sentiments de vastes continents dont la stabilité et la sérénité invitent à rester. Mais au final, que ne sommes nous pas perdus alors que nous nageons aveuglément vers une côte que nous ne pouvons qu'imaginer ? Est-il possible dans le ballottement incessant des souvenirs de ne pas entendre le clapotis de cette peau sur la mienne ?
Certains se font rocs et durs, coulent aussi sec dans la marée, égarés pour toujours. Ce sont les îlots de calme et de simplicité qui font la survie dans ces conditions. Pensée par pensée, il ne peut être notre labeur que d'agrémenter ce refuge, de l'agrandir à coups de certitudes, de douceur, de caresses. Car les émotions ronronnent lorsqu'elles sont comprises, elle cessent de tourmenter, commencent à laisser de côté les déferlantes qu'elles peuvent engendrer.
L'îlot se fait île, croît et s'allonge, déverse dans la mer des langues de sable. Il devient alors possible de cultiver cet espace, d'en faire un lieu qui soit encore davantage paisible, tourné vers la joie de l'épanouissement. La terre se meuble ainsi que les étagères vermoulues de la cabane fugitive qui nous a hébergé dans les premiers temps, bâtie par nos mains dans un silence suspendu de peur de faire s'envoler les planches sur une inquiétude sentimentale. Vu que les douces pensées sont fragiles lorsqu'elles n'ont pas eut le temps de mûrir suffisamment, brusquées elle redeviennent colère et jalousie, regret et culpabilité. Alors on plante des germes de nouvelles idées heureuses, simples et rêveuses. De nouveaux projets débordants d'entrains, prêts à éclipser les plus hautes canopées.
Mais il y a toujours des orages venant détruire ce qui a été fait, désosser les sympathiques utopies fleurissantes. Après avoir vu dans ces nuages des souffles comme ceux qui grattent les mémoires, le doute naît, des visages qu'on s'est efforcé d'oublier, de scelle de manière à être paisible. Des raz-de-marées terribles s'abattent, font trembler les murs du refuge, ébranlent les fondements de ce bout de terre et de sable. Sauf qu'ils passent et laissent derrière eux juste ce qu'il faut pour repartir sur de bonnes bases. Tout n'est pas perdu.
D'ailleurs, sur la plage de l'île, parfois, un rescapé se relève douloureusement, fatigué d'avoir été noyé si longtemps, fourbu d'avoir trop pleuré dans une eau trop salée. Ce qui au début se lance dans une coopération où chacun reconnaît en l'autre une partie de son chaos personnel, finit par s'éterniser en amitié franche dans laquelle les erreurs se permettent, les faiblesses trouvent béquilles. Une communauté s'avance, d'abord par poignée, ensuite par embrassement sur quelques mêmes ares miséricordieuses de dizaines et de centaines d'égarés, d'errants peu confiants bien contents de trouver sur ce sol ferme un point de départ pour une nouvelle sérénité.
S'amoncellent alors les châteaux de sable, s'allongent les plages, grandissent les baies et les jardins. La plaine unique s'étiole et s'éparpille, se divise en multitude de neuves clairières. La végétation s'émancipe, dévore le paysage, lentement et délicatement, s'élève et s'étend sur de multiples couleurs, de multiples saisons. Le cabanon devient village et le village devient cité qui se divise elle-même au fur et à mesure que de nouveaux arrivants trouvent le repos sur ce qui avant n'était qu'un esquif et qui s'augure maintenant comme continent.
Malheureusement, certains se perdent encore. Fuient des visages de cette terre, se perdent dans la marée haute pour revenir à l'océan, souffrent en silence, hurlent leur découragement. Parce que même dans un continent tel que celui-ci, les sentiments peuvent s'agiter, faire d'une brise légère plus qu'une caresse bénigne. Se transformer d'un doux nuage nacré en tempête cacophonique. La foudre tombe et quelqu'un tombe à l'eau. De nouveau.
Certains se font rocs et durs. | |
| | | Cordelia Melicerte
Nombre de messages : 2068 Age : 34 Localisation : Complètement à l'ouest, sous les épines d'un hérisson Date d'inscription : 12/10/2009
Personnages RP Pseudo: Pseudo : Pseudo :
| Sujet: Re: Souffle continental Mer 23 Fév - 14:02 | |
| La construction du texte est claire et la métaphore bien menée, rien à dire de ce côté là. Juste un passage qui me dérange, le deuxième paragraphe en fait : tu parles d'îlots "égarés pour toujours" et pourtant, c'est à partir de ces îlots que tu construits la suite. Je comprends bien l'idée que tu veux amener, cette solitude carapace que l'on use comme protection contre la foudre... mais ici, le "pour toujours" est de trop : il n'apporte rien et tu te contredis par la suite. Sinon, dans l'écriture, j'ai relevé quelques passages un peu lourds, dont l'écriture gagnerait à être simplifiée. Ce n'est pas particulièrement plus joli quand c'est alambiqué . - Spoiler:
- Aillas a écrit:
J'aimais assez. J'aimais assez jusqu'à ce que la foudre me poignarde dans le dos, fasse de mon épiderme ce caoutchouc si sensible, trop sensible. Il y a dans les océans de sentiments de vastes continents dont la stabilité et la sérénité invitent à rester. Mais au final, que ne sommes nous pas perdus alors que nous nageons aveuglément vers une côte que nous ne pouvons qu'imaginer ? Est-il possible dans je butte toujours contre ce "dans", je le passe à la trappe et la phrase s'embrouille... peut-être faut-il ici une construction plus simple ? le ballottement incessant des souvenirs de ne pas entendre le clapotis de cette peau sur la mienne ?
Certains se font rocs et durs, coulent aussi sec dans la marée, égarés pour toujours. Ce sont les îlots de calme et de simplicité qui font la survie dans ces conditions. Pensée par pensée, il ne peut être notre labeur que d'agrémenter ce refuge, de l'agrandir à coups de certitudes, de douceur, de caresses. Car les émotions ronronnent lorsqu'elles sont comprises, elle cessent de tourmenter, commencent à laisser de côté les déferlantes qu'elles peuvent engendrer.
L'îlot se fait île, croît et s'allonge, déverse dans la mer des langues de sable. Il devient alors possible de cultiver cet espace, d'en faire un lieu qui soit encore davantage paisible, tourné vers la joie de l'épanouissement. La terre se meuble ainsi que les étagères vermoulues de la cabane fugitive qui nous a hébergé dans les premiers temps, bâtie par nos mains dans un silence suspendu de peur de faire s'envoler les planches sur une inquiétude sentimentale. Cette phrase là, par exemple, est assez complexe dans sa construction mais elle passe bien, grâce aux nombreuses images auxquelles on se raccroche. Vu que aoutch, c'est moche, "vu que" les douces pensées sont fragiles lorsqu'elles n'ont pas eut le temps de mûrir suffisamment, brusquées j'aurais bien vu une virgule ici... mais en fait non, le rythme se tient comme ça... et même plutôt bien ! ça perturbe juste un peu elle redeviennent colère et jalousie, regret et culpabilité. Alors on plante des germes de nouvelles idées heureuses, simples et rêveuses. De nouveaux projets débordants d'entrains, prêts à éclipser les plus hautes canopées moui, pas convaincue par la comparaison, pour une fois.
Mais il y a toujours des orages venant détruire ce qui a été fait, désosser les sympathiques utopies fleurissantes. Après avoir vu dans ces nuages des souffles comme ceux qui grattent les mémoires, le doute naît, des visages qu'on s'est efforcé d'oublier, de scelle de manière à être paisible. Des raz-de-marées terribles s'abattent, font trembler les murs du refuge, ébranlent les fondements de ce bout de terre et de sable. Sauf qu'ils passent et laissent derrière eux juste ce qu'il faut pour repartir sur de bonnes bases. Tout n'est pas perdu.
D'ailleurs, sur la plage de l'île, parfois, un rescapé se relève douloureusement, fatigué d'avoir été noyé si longtemps, fourbu d'avoir trop pleuré dans une eau trop salée j'aime la fin de cette phrase : ) . Ce qui au début se lance dans une coopération où chacun reconnaît en l'autre une partie de son chaos personnel, finit par s'éterniser en amitié franche dans laquelle les erreurs se permettent, les faiblesses trouvent béquilles. Une communauté s'avance, d'abord par poignée, ensuite par embrassement sur quelques mêmes ares miséricordieuses de dizaines et de centaines d'égarés, d'errants peu confiants bien contents de trouver sur ce sol ferme un point de départ pour une nouvelle sérénité.
S'amoncellent alors les châteaux de sable, s'allongent les plages, grandissent les baies et les jardins. La plaine unique s'étiole et s'éparpille, se divise en multitude de neuves clairières. La végétation s'émancipe, dévore le paysage, lentement et délicatement, s'élève et s'étend sur de multiples couleurs, de multiples saisons. Le cabanon devient village et le village devient cité qui se divise elle-même au fur et à mesure que de nouveaux arrivants trouvent le repos sur ce qui avant n'était qu'un esquif et qui s'augure S' augurer, vraiment ? maintenant comme continent.
Malheureusement, certains se perdent encore. Fuient des visages de cette terre, se perdent dans la marée haute pour revenir à l'océan, souffrent en silence, hurlent leur découragement. Parce que même dans un continent tel que celui-ci, les sentiments peuvent s'agiter, faire d'une brise légère plus qu'une caresse bénigne. Se transformer d'un doux nuage nacré en tempête cacophonique. La foudre tombe et quelqu'un tombe à l'eau. De nouveau.
Certains se font rocs et durs.
Bon, sinon, mon avis sur le fond du texte. Bééé... c'est une belle métaphore, très juste je trouve. Une bonne auto-analyse, aussi ? Comme tout texte, en fait. Les différents états émotionnels sont bien décrits, de la souffrance embrumées, perdue, à l'apaisement qu'amène l'amitié (et la confiance !). Et cet aspect cyclique, terriblement vrai ! Une bonne lecture du sujet, donc, tressé sur un cadre intéressant. Il y a de quoi faire un corpus de texte presque complet avec tes derniers écrits (d'ailleurs, isolés et pris hors de leur contexte, ces textes risqueraient de perdre un peu de leur force, je pense). | |
| | | Lilith Littéraire et rôliste
Nombre de messages : 2638 Age : 35 Localisation : Intermédiaire. Date d'inscription : 04/05/2008
Personnages RP Pseudo: Lilith Pseudo : Erylie Pseudo : Madalyn
| Sujet: Re: Souffle continental Mer 23 Fév - 17:59 | |
| Je suis assez d'accord avec Cordélia sur l'ensemble général et notamment sur le fait que tes derniers textes forment un corpus (delicti?) assez homogène. Cependant ce texte là m'a un peu moins accroché que les deux autres.
Je trouve les deux premiers paragraphes et le dernier vraiment très bon. Pour moi tout y est, le rythme, l'idée, le ton, les mots. Mais entre ces paragraphes, autant la métaphore est, comme le dit Cordélia, très bien menée, autant je trouve que tu perds la force des premières lignes. Ils sont moins puissants, plus mesurés. Je trouve que ça dénote avec ce qui précède.
De jolies images - Citation :
- fourbu d'avoir trop pleuré dans une eau trop salée
- Citation :
- La végétation s'émancipe, dévore le paysage, lentement et délicatement, s'élève et s'étend sur de multiples couleurs, de multiples saisons.
Et d'autres encore. Mais quelques passages trop compliqués dans leur construction qu'Alys a mis en avant.
Donc une force toujours, mais qui se perd un peu ici, contrairement aux précédents textes.
Et en fait. Est ce que je me trompe si je dis que tu as été inspiré par les courants d'air de S et Tear ? Le début se laisse porter par le même souffle il me semble. | |
| | | Melaka Chromatique
Nombre de messages : 4771 Age : 34 Localisation : Dans le bureau des Sordides Assistantes ! Date d'inscription : 30/10/2010
Personnages RP Pseudo: Melaka Pseudo : Inayat Pseudo :
| Sujet: Re: Souffle continental Jeu 24 Fév - 18:27 | |
| Bon, après au moins quatre essais de commentaire je poste enfin celui-ci, seul survivant de la touche "retour en arrière" du clavier !
Cordélia et Lilith ont déjà dit beaucoup de choses ... Quoi dire de plus pertinent sinon que tu m'as tout simplement fait voyager. J'aime la progression du texte, la manière dont tu décris les choses, la façon d'explorer les sentiments humains que tu traites, et bien sûr la situation qui se répète quoi qu'il arrive. Je ne suis juste pas trop convaincue par la reprise de ta dernière phrase, mais bon je me dis que c'est sûrement un choix de ta part et cela ne me choque pas plus. Je retiens par dessus tout les points positifs qui font que ce texte est beau et qu'il m'a transporté dans un autre univers. | |
| | | Pandore Rôliste
Nombre de messages : 260 Age : 28 Localisation : Dans mon coussin. Date d'inscription : 10/02/2010
Personnages RP Pseudo: Pandore Pseudo : Pseudo :
| Sujet: Re: Souffle continental Jeu 24 Fév - 23:41 | |
| Au détour de tes phrases des émotions complotent, elles attendent et vous prennent par surprise. Tu écris tellement bien ! Ce texte en est une fois de plus une preuve flagrante. J'ai été transportée le temps de ma lecture, dans ton texte, images et sensations exquises se sont bousculées dans ma tête. J'ai rêvé, j'ai adoré donc surtout ne t'arrêtes pas d'écrire ! | |
| | | Méli Coordonnateur Rôliste
Nombre de messages : 1377 Age : 37 Localisation : Débarquée Date d'inscription : 05/02/2011
Personnages RP Pseudo: Nayima Pseudo : Afenwé Pseudo : Haesobia Hardenthun
| Sujet: Re: Souffle continental Jeu 6 Oct - 2:25 | |
| Bien je commente sur le tard, mais de part plus rien n'étonnera. Ayant le plaisir de te lire depuis quelques temps, il m'a pris, il y'a deux jours, l'envie de lire tes textes plus anciens. Contredisant ma réputation, je décide donc de commenter, alors même que je n'ai pas fini l'ensemble de tes oeuvres.
J'ai d'abord connu ton style actuel, le plus compliqué. Bien que je comprenne les mots, j'ai la préférence pour une lecture plus légère, me permettant ainsi de vivre en symbiose l'histoire.
Pourquoi je commente ici, simplement parce qu'il s'agit pour moi (pour l'instant) de mon texte préféré. Ton style est travaillé, juste et pas encore compliqué comme certaines histoires plus récente.
Il s'agit donc d'un coup de foudre.
Mais je ne suis pas tombée amoureuse seulement du style, mais bien sûr surtout de ce que raconte cette histoire. Ce sentiment de perdition, même lorsqu'on n'est pas seul, mais parce qu'instinctivement on se bat pour survivre, il en résulte un monde qui se construit. Un monde qui se construit matériellement, pour ma part, plutôt que des plages, il s'agit de murs que je croyais blindés mais qui pourtant se fissurent. Mais un monde qui se construit surtout socialement, par la rencontre d'âmes soeurs, de personnes qui sont apte à comprendre notre douleur, car ils souffrent aussi.
C'est donc un texte coup de coeur, un texte qui, selon moi, est travaillé, et remarquablement réfléchi. | |
| | | Green Partizan Littéraire et rôliste
Nombre de messages : 3951 Localisation : Ici, c'est Saint-Denis. Date d'inscription : 25/11/2007
Personnages RP Pseudo: Pseudo : Pseudo :
| Sujet: Re: Souffle continental Dim 23 Oct - 21:29 | |
| - Citation :
- fatigué d'avoir été noyé si longtemps
J'aime.
C'est quand même vachement marrant, ça me rappelle mon texte, Les Voyages Dans Les Iles (si tu t'en souviens, tu l'avais commenté à l'époque). Bon, c'est pas mal du tout comme texte. J'ai quand même noté une différence entres les premiers paragraphes, et la fin, lorsqu'un nouvel acteur entre en scène, puis des centaines, puis des milliers. A ce moment, ça contraste bien, on dirait que tu as changé de cap (pour appuyer ta métaphore maritime ^^). Et en fait, j'ai été largué à partir de là, ou du moins, j'ai cessé d'entrevoir un lien clair entre le texte et la réalité. En tout cas, c'est toujours très propre au niveau du style, avec de nombreuses formules qui glissent toutes seules comme le chouchen le long de la gorge.
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