C'est la première page d'une histoire, bizarrement l'écriture m'a pas mal fatigué, je fais une pause de quelques heures, le reste attendra demain.
Les pêcheurs l’appelait Nasirda, chaque soir, alors que le soleil sombrait doucement dans les eaux du lac, ils déposaient en offrande un poisson pêché du jour devant sa stèle. Les pêcheurs partaient le matin aux premières lueurs du jour et ramenait le soir dans leur filet saumons, carpes et civelles. Sur les plages, entre les rochers roses et lisses, les femmes cueillaient les coquillages et les moules pendant que les enfants chassaient les crabes.
La vie était bonne au bord du grand lac, et chaque soir, les pêcheurs remerciaient Nasirda pour ses bienfaits. Ils le remerciaient pour la pêche du jour, pour les enfants robustes et pleins de santé, pour les vieux jours paisibles des anciens et pour leur succès au jeu. Le village mangeait à sa faim et les enfants étaient beaux et nombreux. Tout cela, c’était Nasirda qui l’avait permis.
Ils n’avaient d’autres noms que le Peuple. Il y a bien longtemps, la légende dit qu’ils vivaient dans la faim et la misère, condamnés à une guerre perpétuelle contre les démons qui à chaque printemps envahissait leur forêt. Le monde d’alors était fait d’hiver glacé et d’été brûlant. Dans la nuit rodait les bêtes sauvages guettant l’âme de l’imprudent aventuré loin de la tribu. En ce temps-là, il n’y avait pas de village car la terre était trop pauvre pour que le Peuple puisse rester longtemps. Alors ils ne dormaient pas dans de belles maisons de bois comme aujourd’hui mais dans des tentes.
C’est dans une de ces tentes, que Nasirda est apparu en rêve au Guide, Tuotoli. On dit qu’il était le fils d’un fier guerrier mort au combat contre les démons au visage d’or. Chaque année, le Peuple s’enfonçait toujours plus profondément dans la forêt pour échapper aux lances des visages d’or. Et chaque année, il était suivi. Ceux qui ne pouvait suivre ou qui étaient capturés disparaissaient à jamais, emmenés très loin vers le soleil levant. Les chamans ne savaient que dire ; les esprits avaient abandonnés le Peuple. Il était seul, faible et sans espoir.
Tuotoli n’était qu’un enfant turbulent et bagarreur ; encore trop jeune pour aller chasser même si bien des fois il avait essayé de suivre les guerriers. Les anciens s’amusaient de tant de témérité, et sa mère s’en inquiétait. Un jour, le 40ème jour du printemps, il partit à l’aventure. Tuotoli était une âme pure et généreuse, il comprenait bien que le Peuple était fatigué et les guerriers de moins en moins nombreux, lui aussi voulait faire sa part. C’était aussi une âme jeune et naïve, il voulait être un grand guerrier, gagner le respect de tout le Peuple et la fierté de sa mère. Alors il partit à la recherche d’une bête sauvage avec son arc et ses flèches.
Tuotoli connaissait les histoires des chasseurs, il avait entendu parler d’Anok, l’esprit-ours, féroce et puissant et d’Ianeris, l’esprit-lynx, malin et mystérieux. Il fallait une volonté pour survivre dans la forêt, et esprit-ours et esprit-lynx avaient beaucoup de volonté, plus sûrement, qu’un enfant téméraire. Mais l’enfant avait son arc et ses flèches, il était petit et agile, alors il croyait pouvoir leur échapper.
Ainsi Tuotoli s’enfonça seul dans la forêt, sous les arbres vénérables, parmi les bêtes et les esprits.